Les TIC, l’inclusion financière et la croissance économique en Afrique

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Entre 2008 et 2010, les services financiers offerts à travers la téléphonie mobile ont été lancés dans 16 pays africains (et plus récemment au Burundi, au Botswana et au Zimbabwe), permettant aux personnes qu’il n’aurait pas été possible d’atteindre utilement à travers les services financiers traditionnels, d’avoir accès aux services financiers par d’autres moyens. Par conséquent, le développement des TIC et de la  téléphonie mobile permet de combler les graves déficits en infrastructure dont souffrent les pays africains.

En effet, une grande partie de la population est exclue ou utilise des services financiers informels (88 pour cent de la population mozambicaine et 41 pour cent de la population du Botswana en 2009; FINMARK, 2009) alors que la couverture de la téléphonie mobile, bien qu’elle soit déjà élevée, continue d’enregistrer une forte croissance.

Dans un récent document de travail (IMF WP 11/73),Kpodar et moi-même analysons cette question de façon globale. Dans un premier temps, nous examinons la contribution potentielle du développement des TIC, notamment l’introduction de la téléphonie mobile, en faveur de la croissance économique des pays africains. Ensuite, nous  vérifions si l’inclusion financière constitue l’un des canaux de transmission qui permettent aux TIC de générer la croissance économique.

Les TIC peuvent contribuer à la croissance économique étant donné qu’elles permettent une accumulation de capitaux, améliorent la productivité des entreprises et favorisent la mise en place  des marchés plus grands et fonctionnant mieux. Par ailleurs, le développement des TIC favorise le développement rural et social. Vu le développement exceptionnel et la percée des TIC dans les pays africains au cours des dernières années, nous avons axé notre étude sur ces pays. Les résultats des différentes spécifications économétriques laissent présager d’un impact positif remarquable du  développement des TIC sur la croissance économique en Afrique. Une augmentation de dix points de pourcentage du taux de pénétration de la téléphonie mobile pourrait entraîner une augmentation de 0,7 point de pourcentage en termes de croissance du PIB réel, avec un impact marginal du développement de la téléphonie mobile sur la croissance plus marquée dans les pays à faible taux de pénétration du téléphone fixe. Nous avons également constaté que les coûts plus élevés de communication entravent la croissance économique.

En ce qui concerne l’inclusion financière, la téléphonie mobile joue un rôle important. Il devient plus facile et moins coûteux pour ceux qui n’avaient pas accès aux services bancaires d’avoir accès aux dépôts et aux prêts. En plus, l’amélioration du flux d’informations grâce aux téléphones mobiles favorise l’accès à  l’information tant pour les déposants que pour les institutions financières et renforce également le suivi. En fait, un taux de pénétration élevé de la téléphonie mobile réduit les contraintes physiques et les coûts spatiaux et temporels, diminuant ainsi les coûts d’intermédiation financière et contribuant à l’émergence des services bancaires électroniques. Cela se traduit par l’amélioration de l’accès au financement pour les ménages qui seraient financièrement exclus. Comme on pouvait s’y attendre, nous avons, de manière empirique, trouvé que  dans les pays africains pris comme échantillon, le taux de pénétration du téléphone mobile encourage l’inclusion financière qui, en retour, favorise la croissance économique. Fait plus important encore, l’impact de l’inclusion financière sur la croissance économique est plus marqué dans les pays africains ayant des taux de pénétration élevés. L’inclusion financière est mesurée par le nombre de dépôts par tête, et celui des prêts par tête, prenant en compte la multitude d’institutions financières (banques commerciales, coopératives, institutions de micro-finance, et institutions financières spécialisées). Chose intéressante, les résultats de notre étude montrent également que dans bon nombre de pays où les services financiers mobiles existent (au cours de la période de référence, seuls trois pays offraient des services financiers mobiles: la Zambie depuis 2001, l’Afrique du sud depuis 2004 et le Kenya depuis 2007), l’introduction de la téléphonie mobile renforce davantage la contribution de l’inclusion financière à la croissance économique par rapport aux pays où ces services ne sont pas encore disponibles.

En conclusion, les TIC et la téléphonie mobile en particulier contribuent à la croissance économique en Afrique, et cette contribution passe en partie par une meilleure inclusion financière. Les pays africains devraient saisir cette occasion pour profiter au maximum des bienfaits du développement des TIC. La vulgarisation des services financiers mobiles est encore embryonnaire en Afrique ; ce qui voudrait dire que nous n’en avons pas présenté l’impact complet dans notre étude. Toutefois, nos résultats suggèrent que les politiques visant la promotion du  développement des TIC et des services financiers mobiles en Afrique devraient être encouragées. Les investissements intérieurs et étrangers directs sont nécessaires pour le développement du secteur des TIC. Une plus grande concurrence devrait rendre les services relatifs aux TIC abordables pour une grande partie de la population. L’incidence des impôts élevés du secteur des télécommunications sur les revenus de l’état doit être examinée par rapport aux risques d’une croissance plus faible du fait de l’augmentation des coûts des télécommunications. Pour promouvoir l’inclusion financière, il convient de renforcer les liens entre les TIC et les secteurs financiers, tout en relevant les défis que posent les opérations bancaires mobiles (les questions de sécurité et le respect des règles AML/CFT) avec une régulation appropriée qui n’entrave pas la croissance des services financiers mobiles.

Mihasonirina Andrianaivo est actuellement économiste à la Division Régulation de France Telecom à Paris. Avant cela, elle fut assistante de recherche au département de R & D du Groupe France Télécom et travaillait sur les services financiers mobiles et les effets de leur réglementation sur les opérateurs de réseaux mobiles. Elle possède un doctorat d’économie de l’Université Rennes 1, et concentre ses recherches sur les banques, les marchés financiers et la croissance dans les économies en développement. Elle a rédigé plusieurs articles sur les questions liées au développement financier, à la structure financière et les services financiers mobiles.

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